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Le Comte Rouge
Empruntant le ralenti imposée par la mémoire usée d’un vieil homme nostalgique se retournant sur son passé, danse de vie et de mort mêlant tour à tour musiques éclectiques, éclairages intimistes, éléments de décor symboliques, somptuosité des costumes comme autant de pions rigoureusement placés sur un échiquier susceptibles de recréer l’univers dramatique de Luchino Visconti.
| Luchino Visconti naît à Milan en 1906 dans une famille d'aristocrates. Il restera aristocrate dans l'âme, mais militera pour les idées de gauche dans l'Italie fasciste, ce qui lui vaudra le nom de "Comte Rouge". D'abord assistant de Renoir, il passe rapidement à la mise en scène. Avec Bellissima (1951), Rocco et ses frères (1960), Le Guépard (1963), Les Damnés (1969), Mort à Venise (1970), Le Crépuscule des Dieux (1972), et la mise en scène d'opéras tels que La Traviata... il est l'un des metteurs en scène les plus reconnus dans le monde.
Luchino Visconti nous a quitté en 1976.La création du Comte Rouge correspond au 20e anniversaire de sa mort. |
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Arrivé à la fin de son existence, Luchino Visconti se laisse submerger par les images, les personnages, les moments qui l'ont façonné...
Tableaux après tableaux, sous les lumières qui ont baigné ses films, Le Comte Rouge renoue les fils de sa vie... Comme dans l'Italie de son enfance, l'atmosphère est lourde, les sentiments contenus. L'obsession de l'esthétisme le stimule autant qu'elle le freine. Tour à tour, il retrouve la nostalgie d'un monde aristocratique... La douleur d'une relation manquée avec une mère trop idéalisée... La séduction, puis la répulsion face à l'idéologie fasciste... La difficulté d'accepter son homosexualité... La rencontre des femmes qui l'ont formé ou qu'il a transformées... Ses rapports d'une violence intense et secrète avec les acteurs... Au fil de la chorégraphie, les obsessions de Visconti s'incarnent dans les personnages de ses films. Peu à peu, la trame de sa vie rejoint celle de l'oeuvre pour ne plus faire qu'une seule destinée. Dans l'atmosphère onirique du palais familial, Luchino revit son enfance bercée par les livres, la musique, les visites mondaines. Entouré de frères et de soeurs, il se sent pourtant seul, espérant l'attention d'une mère à la fois absente et omniprésente. Luchino se souvient des leçons de musique de son enfance. Les souvenirs affluent. Son adolescence protégée a pour cadre des lieux feutrés et chics ou se pressent les élégantes : le palais familial et son jardin, les plages prisées par l'aristocratie... Un environnement qui renforce son esthétisme, son élitisme, et son amour de la littérature. C'est avec la montée du fascisme que Luchino fait sa première rencontre avec la mort. Cette prise de conscience se fait dans une lutte violente avec ses démons intérieurs et "l'ange du destin". Il sort de ce combat comme une marionnette désarticulée. Luchino âgé, Luchino comédien, revit cette déchirure dans la nostalgie d'un monde fait d'harmonie et de beauté, un monde en train de disparaître... celui des élégantes de la plage. A la suite de cette prise de conscience, Luchino part en voyage. En Angleterre, en Allemagne où il voit le nazisme triompher, en Grèce, en France... il fait de nouvelles rencontres qui vont réorienter son existence. La deuxième des femmes à le façonner est Coco Chanel. Libre, provocatrice, créative, elle est une seconde mère réaliste et combative. C'est elle qui le guidera vers le cinéma. Il fait aussi la rencontre d'autres intellectuels, d'autres artistes tels que Cocteau et Dali, dont il subira l'influence. C'est dans un défilé de mode qu'il rencontre un jeune photographe, Horst, pour qui il éprouve le coup de foudre. Ils partent en voyage en Tunisie. Là-bas, les caractères s'affirment, le fossé se creuse. Horst, libre dans sa tête, vit sa relation sans complexe, alors que Luchino ressent son homosexualité comme une malédiction. Au retour, ils se séparent. L'univers de Luchino est en plein effondrement. Sa mère meurt. L'Italie devient la cni, enceinte, avec qui il va vivre des rapports aussi passionnés que conflictuels. Ces rapports sont ceux qu'il entretiendra toute sa vie avec les acteurs de ses films. Comme en rêve, le passé et les élégantes de la plage continuent de le hanter, tout comme la "dame du XVIIIe siècle", incarnation de ses origines et de son fantasme de perfection. Après la mort de son père, il fuit l'Italie fasciste et reprend son errance et sa recherche intellectuelle. Plus tard, il rencontre La Callas, qu'il adore comme un "rêve de femme", et dont il modèle l'image de "statue grecque"... Elle le quitte dans la colère en apprenant sa liaison avec Horst. Le temps passe alors dans la réalisation de films où les fantasmes de Luchino et ses démons s'exorcisent. Dans le "Guépard", il modèle Claudia Cardinale pour évoquer l'ascension sociale d'une femme à l'image de celle de sa mère. Avec "Mort à Venise", dans les pas d'Aschenbach, il sublime, jusqu'au point de non-retour, la fatale séduction de la beauté incarnée par Tadzio. Dans le "Crépuscule des Dieux", il se retrouve victime du destin comme le fut Louis II, perdu dans ses chimères, sa folie et son amour déçu pour sa cousine Elisabeth d'Autriche. C'est dans le "Crépuscule des Dieux" que se fige sa dernière image. Celle d'un personnage hors normes, captif de ses rêves de perfection et de ses passions. |
Chorégraphe de ses émotions, de ses errances, de ses douleurs muettes, Xavier Gossuin, avec ferveur, nous offre un spectacle achevé et brillant, partant des langueurs fin de siècle pour aboutir à la frénésie d’un nouveau monde qui, comme l’artiste, se cherche et enfante sa maturité dans la souffrance...
Brigitte Lemery, La Voix du Nord, mars 1997
Le Comte Rouge : époustouflant de beauté... Comment Xavier Gossuin a-t-il pu nous rendre si tangible et si irréel à la fois pour ne s’ennuyer à aucun moment... C’est tout d’abord la perfection d’un art (la danse ne souffre pas la médiocrité). Il mène le bal avec une maîtrise exceptionnelle. Il a su créer une harmonie , une homogénéité, une cohérence entre le décor, l’action et la musique... L’enchaînement se veut sans rupture et donne à cette réalisation une densité et une dimension surprenante .
Michèle Drieux, La Gazette, 27 mars 1997
Echéances de représentations : 1 an.